Mobilisation solidaire des collaborateurs : quelle stratégie adopter ?

  • vendredi, 21 septembre 2018 06:16
engagement solidaire

Les entreprises renforcent leur prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux dans leur stratégie et leurs activités. Fait marquant, tous les indicateurs et études montrent que cette préoccupation croissante est autant une contrainte du législateur, une envie des dirigeants mais aussi et surtout une vraie volonté des collaborateurs eux-mêmes.

Les chiffres ne trompent pas : au début de la décennie, 78% des salariés souhaitaient s’impliquer aux côtés de leur entreprise dans des actions d’intérêt général (Opinion Way, 2011). Plus récemment, 62% des millennials disaient ne vouloir travailler que « pour des entreprises et organisations qui cherchent à délivrer un impact environnemental et social positif » (Cabinet Global Tolerance, The Values Revolution, 2017). Les chefs d’entreprises ne sont pas en reste puisque 90 % déclarent avoir conscience de devoir s’engager « en faveur de pratiques sociales, environnementales et économiques vertueuses » (OpinionWay pour CCI France / La Tribune / Europe 1, La Grande Consultation des Entrepreneurs, 2018).

Ce mouvement de fond est accompagné par des évolutions règlementaires et législatives d’importance. Deux exemples sont particulièrement notables :
- Les travaux de Nicole Notat et Jean-Dominique Senard présentés dans le rapport  L’entreprise objet d’intérêt collectif » (9 mars 2018) ont largement alimenté les débats au plus haut niveau. Ce rapport a même inspiré le projet de loi Pacte qui propose de modifier l’article 1 833 du Code Civil passant de l’ère des sociétés uniquement « constituée dans l’intérêt commun des associés » à celle des entreprises « gérée dans l’intérêt social, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ».
- Parallèlement, l’ordonnance n° 2017-1180 du 19 juillet 2017 relative à la publication d’informations non financières par les grandes entreprises, introduit des évolutions sur la nature de l’information attendue : « la déclaration de performance extra-financière (…) devient un outil de pilotage stratégique de l’entreprise concentré sur les informations significatives intéressant ses parties prenantes ».

Les formats d’engagement ne manquent pas et les entreprises accompagnent de plus en plus leurs salariés dans cette dynamique : engagement bénévole, participation à des événements de collecte, dons, prise de congés solidaires, ou encore mécénat de compétence.
Ces initiatives amènent les entreprises à relever deux défis : à court terme, réussir la mobilisation des acteurs potentiels et, à moyen terme, construire une culture d’engagement solidaire spécifique et authentique en leur sein. Aller au-delà de l’effet de nouveauté et maintenir l’enthousiasme initial, ne pas limiter l’engagement solidaire à une petite minorité d’activistes, faire se rejoindre durablement les causes à soutenir, les valeurs des entreprises et les valeurs personnelles de leurs salariés… Ces ambitions légitimes obligent à aborder avec méthode ce champ d’action relativement nouveau pour elles.

Pour fonder leur stratégie, les entreprises doivent avant tout faire l’effort de connaître finement les motivations de leurs collaborateurs, dans toute leur diversité : comprendre ce qui va susciter leur adhésion et les faire passer à l’action, selon les causes qui peuvent leur être proposées et les actions auxquelles ils peuvent participer. Est-ce l’intérêt porté à un sujet ou à une tâche, la relation aux autres acteurs ou aux bénéficiaires, le challenge, la fierté d’un devoir accompli, etc. ?
Il leur faut également cerner les conditions qui déterminent l’engagement (ou l’inaction) : temps à consacrer, insertion dans une organisation, désir de s’affirmer dans un rôle clé ou d’apporter son énergie sans prendre de responsabilités, exercer ses compétences professionnelles ou faire autre chose, etc. ?

C’est la perception des motivations et des grands profils d’engagement potentiels, qui permet de donner à des personnes très différentes l’opportunité d’agir avec un niveau d’implication et selon des modalités qui leur correspondent, en toute sérénité. Cette connaissance est aussi indispensable pour mieux communiquer et mieux impliquer, pour optimiser les moyens mis en œuvre et, finalement, créer davantage de valeur sociale et environnementale.

Anthony Choumert – Directeur Général de KCO Event
Gilles Charpenel – Dirigeant d'Implica, auteur de Le Plaisir, nouvel enjeu du management (Maxima)