L’envie, avant les savoirs

  • lundi, 03 avril 2017 15:57

Le Laboratoire d’innovation managériale mène une réflexion sur la place que le management de l’entreprise doit donner au critère « envie » dans ses choix de recrutement, d’affectation, de formation et de promotion des talents. Cette réflexion est conduite par Michel Authier - mathématicien, philosophe, sociologue, inventeur des arbres de connaissances - et Gilles Charpenel, auteur de l’ouvrage Le plaisir, nouvel enjeu du management, qui cosignent ce billet expliquant le choix de cette thématique.

Jusqu’au milieu du vingtième siècle, l’environnement du travail a évolué très lentement. Plusieurs générations qui se succédaient connaissaient le même contexte, les mêmes problématiques et à peu près les mêmes solutions aux difficultés rencontrées. Les savoirs acquis par la formation initiale et dans les premières années d’activité professionnelle amenaient à maîtriser son métier, puis, selon le niveau de motivation, à le perfectionner de façon marginale pendant le reste de sa carrière. L’entreprise devait, pour prospérer, réunir des personnes disposant d’un bon niveau d’expertise, sachant utiliser toutes les informations qu’elles avaient mémorisées au cours de la construction de leurs compétences par l’école, l’université et par l’entreprise.

A l’approche de notre siècle, le rythme des transformations de l’environnement du travail n’a cessé de s’accélérer ; à tel point que dans le temps nécessaire pour amener une génération à un bon niveau de professionnalisme, la plupart des repères changent : l’entreprise, les techniques, le marché, la culture des salariés sont fortement modifiés, voire bouleversés.

Les innovations et les crises, loin d’être toutes prévisibles, rendent de plus en plus vains les exercices de prévision et de planification. Or, si l’intelligence artificielle peut être mise en œuvre pour apporter des solutions aux problèmes prévus, seul l’humain à la capacité de traiter ces problématiques inconnues qui font irruption successivement de façon inattendue. Comme celles-ci sont souvent complexes, elles nécessitent des contributions humaines multiples et complémentaires, réunissant mise en œuvre de savoirs (acquis par la formation initiale et continue) et réelle capacité d’opérer et coopérer efficacement.

Cependant, il est de plus en plus fréquent que les connaissances mobilisées dans le traitement des problématiques rencontrées proviennent d’expériences vécues auprès d’autres individus ou groupes, dans des situations de collaboration ou de compétition, professionnelles ou non. Parallèlement, la fréquentation de tout type de médias apporte son lot de données ou d'idées captées dans des univers parfois éloignés du secteur d’activité ou du métier et découvertes alors même que l'on n’était pas dans l'intention de les chercher.

C’est pourquoi le management des entreprises doit actionner le levier « Compétences » en se référant prioritairement à l’énergie des personnes, donc à leur envie de s’emparer des sujets qui se présentent et à leur désir de le faire collectivement avec d’autres acteurs, internes ou externes. Cette préoccupation de l’envie est d’autant plus essentielle que les contributions qui permettent d’être compétitif font appel à l’initiative, à la créativité, à l’implication, s’appuient sur l’émotion et sur l’intelligence de la relation.

Les compétences créatrices de valeur ne s’exprimant pleinement que si le plaisir est au rendez-vous, les entreprises doivent désormais s’attacher à développer leur capacité d’identifier et de cultiver l’envie mobilisatrice, première source de performance.